Publié le 15 mars 2024

La clé d’un boardercross réussi en famille n’est pas de freiner, mais d’apprendre à jouer avec la vitesse et le terrain.

  • La technique d’absorption des bosses, tel un jeu d’amortisseur, prime sur la force et évite les déséquilibres.
  • Une bonne trajectoire préparée en amont du virage relevé utilise la physique pour vous stabiliser et rend le freinage inutile.

Recommandation : Commencez par des « jeux techniques » sur des modules simples, comme des petites bosses ou un unique virage large, avant de vous lancer sur un parcours complet.

Vous les voyez au loin, ces drapeaux colorés, ces virages qui montent sur les côtés et cette succession de vagues de neige. La zone ludique, le boardercross familial. Vos enfants, eux, n’y voient qu’une chose : un terrain de jeu incroyable. Et vous, parent, vous sentez cette petite boule au ventre monter. « Et s’ils prennent trop de vitesse ? », « Comment vont-ils faire dans les virages ? », « Et cette série de bosses, c’est la chute assurée ! ».

Les conseils habituels fusent : « Mettez bien vos casques ! », « Allez-y doucement ! », « Faites attention aux autres ! ». Des conseils justes, mais qui ne résolvent pas le problème fondamental : comment transformer cette appréhension en pur plaisir partagé ? Et si je vous disais, en tant qu’animateur de station, que le secret n’est pas de lutter contre la vitesse, mais de l’apprivoiser ? Que ces virages relevés sont en fait vos meilleurs amis pour contrôler la trajectoire, et que les bosses peuvent devenir un jeu d’enfant amusant ?

L’objectif de ce guide n’est pas de vous transformer en champions olympiques, mais de vous donner les clés techniques et psychologiques pour que votre prochaine sortie en boardercross soit synonyme de rires et de progrès, pas de larmes et de frustration. Nous allons décomposer ensemble chaque élément du parcours, de la gestion du groupe à la technique sur les modules, pour que vous ayez enfin la confiance nécessaire pour crier « On y retourne ! » à l’unisson avec vos enfants.

Pour naviguer facilement à travers ces conseils, voici les points essentiels que nous allons aborder. Chaque section est conçue pour répondre à une question précise que se pose tout parent au bord d’un parcours ludique.

L’erreur de freiner en haut du virage qui vous fait tomber à l’intérieur

C’est le réflexe numéro un : voir le virage arriver, paniquer et planter un grand coup de frein. Le résultat est presque toujours le même : le skieur perd sa ligne, glisse vers l’intérieur du virage et tombe. La véritable clé n’est pas de freiner, mais de gérer sa vitesse AVANT d’entrer dans le virage relevé. Une fois dedans, il faut faire confiance à la physique. Expliquez à vos enfants que le virage est comme le « mur de la mort » dans les manèges : plus on a un peu de vitesse, plus la force nous « colle » à la paroi et nous aide à tourner. Freiner dans la courbe annule cet effet et crée le déséquilibre.

La progressivité est essentielle. Comme le montre l’étude de cas du boardercross familial de Serre Chevalier, conçu par le champion olympique Pierre Vaultier, les parcours les plus réussis pour l’initiation sont ceux qui proposent des virages larges et peu marqués, permettant d’apprendre sans peur. Pour vous entraîner, voici quelques jeux simples :

  1. Le jeu du citron : Sur une pente douce, demandez à l’enfant d’imaginer écraser un citron sous son ski extérieur en transférant son poids dessus. C’est la base pour sentir l’accroche.
  2. Le virage de contrôle : Habituez-vous à faire un ou deux virages de contrôle pour ajuster votre allure bien cinq à dix mètres avant le module, jamais juste devant ou dedans.
  3. L’imitation du manège : Dans le virage, encouragez à se pencher légèrement vers l’intérieur et à sentir la force qui les plaque. Transformez la peur de la vitesse en un jeu sur la force centrifuge.

En adoptant ces réflexes, le virage relevé ne sera plus un obstacle mais un véritable guide qui vous placera sans effort pour la suite du parcours.

Comment garder le contact ski-neige sur une série de bosses rapprochées ?

Une succession de petites bosses, ou « whoops », est souvent la plus grande source d’appréhension. Le skieur débutant se raidit, décolle sur la première bosse et atterrit en déséquilibre sur la suivante. Le secret ici est de transformer ses jambes en véritables amortisseurs humains. Le but n’est pas de sauter de bosse en bosse, mais au contraire d’absorber le relief pour que les skis ne quittent jamais (ou presque) la neige. C’est la technique la plus fondamentale pour maintenir le contrôle et, par conséquent, la sécurité.

Cette maîtrise individuelle est d’autant plus importante que, selon les données du Système National d’Observation de la Sécurité en Montagne, 96% des accidents en ski sont des chutes solitaires. La menace vient rarement des autres, mais plus souvent d’une perte de contrôle personnelle. Pour travailler cette absorption, la posture est la clé : genoux fléchis, buste en avant, mains devant soi comme si on tenait un plateau. Au sommet de la bosse, on fléchit les genoux au maximum pour « avaler » la bosse ; dans le creux, on étend les jambes pour maintenir le contact.

Jeune skieur démontrant la technique d'absorption sur une succession de bosses, jambes fléchies comme des amortisseurs

Visualisez un ressort qui se comprime et se détend. C’est exactement ce que vos jambes doivent faire. Commencez sur une seule bosse, à très faible vitesse, pour sentir le mouvement. Puis, enchaînez sur deux, puis trois. L’objectif est de rester fluide et de ne sentir aucune secousse dans le haut du corps. C’est un jeu d’équilibre et de coordination bien plus qu’une épreuve de force.

Règle du skieur aval : qui a la priorité dans un parcours fermé et étroit ?

Sur une piste ouverte, la règle est claire : le skieur amont (celui qui est au-dessus) doit sa maîtrise de sa vitesse et de sa trajectoire pour éviter le skieur aval (celui qui est en dessous). Mais dans un boardercross familial, étroit et sinueux, cette règle devient difficile à appliquer et peut même être source de danger. Imaginez un parent rapide tentant d’éviter un enfant qui zigzague juste devant. La meilleure règle en famille, ce n’est pas celle du code des pistes, mais celle que vous fixez ensemble au départ.

La stratégie la plus sûre et la plus rassurante est celle du « petit train de la sécurité ». L’idée est de définir un ordre de passage qui ne changera pas du début à la fin du parcours. Personne ne double. Voici comment l’organiser :

  • La locomotive : L’enfant le moins expérimenté ou le plus craintif se place en tête. C’est lui qui donne le rythme à tout le groupe. Cela le responsabilise et l’empêche d’être mis sous pression par quelqu’un qui arrive vite derrière.
  • Les wagons : Les autres enfants ou le deuxième parent suivent dans un ordre défini.
  • Le wagon de sécurité : Le parent le plus expérimenté ferme toujours la marche. Son rôle est de s’assurer que personne n’est en difficulté, de donner des conseils à distance et de faire « tampon » avec d’éventuels autres skieurs plus rapides qui arriveraient derrière votre groupe.

De plus, identifiez avant de partir des « zones de pause », des endroits plus larges entre deux modules, où le petit train peut s’arrêter pour se regrouper et communiquer. Comme le souligne un témoignage sur le Family Park de La Clusaz, l’essentiel est que « chacun trouve son rythme, sans pression de vitesse ni de dépassement ».

Skis de slalom ou bi-spatulés : quelle paire est la plus maniable dans un boardercross ?

C’est une question que beaucoup de parents se posent en lorgnant sur le matériel. La réponse peut surprendre : pour une initiation familiale, le débat entre skis de slalom, all-mountain ou bi-spatulés est secondaire. L’élément le plus crucial pour la maniabilité et la confiance de votre enfant est bien plus simple. Comme le rappelle l’École de ski Precision Ski dans son guide :

Pour une initiation familiale, le critère n’est pas le type de ski mais sa taille. Un ski plus court, arrivant au menton de l’enfant, est le meilleur allié de la maniabilité et de la confiance.

– École de ski Precision Ski, Guide du choix des skis enfants 2024

Un ski trop long sera difficile à faire tourner et découragera l’enfant. Un ski court, en revanche, pivote sans effort et lui donne un sentiment de contrôle immédiat, ce qui est essentiel dans les enchaînements rapides du boardercross. Une fois la bonne taille choisie, le type de ski peut affiner l’expérience, mais ne doit pas être votre préoccupation première. Pour y voir plus clair, voici un résumé des différentes options.

Comparaison des types de skis pour le boardercross familial
Type de ski Avantages Inconvénients Recommandation
Skis courts (menton) Très maniables, faciles à tourner Moins stables à vitesse élevée Idéal pour débuter (enfants 3-8 ans)
Skis all-mountain Polyvalents, comportement prévisible Moins spécialisés Meilleur choix global pour famille
Skis bi-spatulés Facilitent les réceptions Moins d’accroche en virage Réservés aux confirmés

En résumé, pour une pratique familiale et ludique, privilégiez des skis all-mountain à la bonne taille (niveau du menton). C’est le combo gagnant qui offrira à vos enfants le meilleur compromis entre maniabilité pour les virages et stabilité pour les petites lignes droites.

Quand s’arrêter : les signes de fatigue qui précèdent la chute bête en zone ludique

La fameuse « dernière descente », celle qui se termine souvent par une chute évitable. En zone ludique, où la concentration est constamment sollicitée, la fatigue arrive bien plus vite que sur une large piste bleue. Chez l’enfant, elle ne se manifeste pas toujours par un « je suis fatigué ». En tant que parent, votre rôle est de devenir un détective des signaux faibles de fatigue, car ce sont eux les véritables précurseurs de la chute « bête ». L’ignorer, c’est prendre le risque de transformer une superbe journée en mauvais souvenir.

Il est crucial d’instaurer la pause non pas comme une punition ou un aveu de faiblesse, mais comme une partie intégrante et agréable de l’aventure du ski. Une pause chocolat chaud n’est pas une perte de temps, c’est un investissement dans la sécurité et le plaisir de tous pour le reste de la journée. Savoir s’arrêter au bon moment est une compétence aussi importante que de savoir tourner.

Famille en pause autour d'une table de refuge de montagne, enfants souriants avec chocolats chauds, skis posés contre la terrasse ensoleillée

Pour vous aider à repérer le bon moment pour suggérer cette pause bien méritée, voici une checklist des signaux à surveiller chez vos enfants. Si vous en cochez deux ou trois, il est grand temps de se diriger vers la terrasse la plus proche.

Votre checklist pour détecter la fatigue

  1. Le corps se raidit : L’enfant perd sa fluidité, ses mouvements deviennent saccadés, il n’est plus « souple sur ses skis ».
  2. Les bras en moulin à vent : Il commence à utiliser ses bras de manière désordonnée pour chercher un équilibre qu’il perd.
  3. Le silence s’installe : Les rires et les commentaires enthousiastes du début de la descente ont laissé place à un silence de concentration… ou d’épuisement.
  4. Les fautes techniques réapparaissent : Le chasse-neige, qui avait disparu, fait son grand retour dans les virages.
  5. Le regard fuyant : L’enfant regarde de plus en plus souvent vers vous ou vers le bas de la pente, cherchant la fin du parcours plutôt que le plaisir du moment présent.

Comment le pack « famille » peut rendre le ski des adultes moins cher que le tarif individuel ?

Le ski en famille représente un budget, c’est un fait. Entre le matériel, les cours et les forfaits, l’addition peut vite grimper. Cependant, les stations de ski ont bien compris l’importance d’attirer les familles et proposent des offres de plus en plus attractives qui peuvent considérablement alléger la note. L’une des astuces les plus efficaces est de ne jamais acheter des forfaits individuels, mais de systématiquement chercher les « packs famille » ou les « forfaits tribu ».

Le principe est souvent le même : pour l’achat simultané de plusieurs forfaits (par exemple, 2 adultes + 2 enfants), la station applique un tarif préférentiel à l’ensemble du groupe. Dans de nombreux cas, cela revient à ce que tout le monde paie le tarif enfant. L’économie réalisée peut être substantielle. En plus des réductions directes, ces offres incluent souvent des avantages, comme le 6ème jour offert pour 5 jours achetés, ce qui est le cas avec le forfait « Family Flex » des 3 Vallées. Acheter ses forfaits en ligne et en avance est également une source d’économies non négligeable, avec des réductions pouvant aller jusqu’à 50% sur les forfaits achetés en avance selon les périodes et les stations.

Avant votre séjour, prenez le temps de visiter le site internet de la station de votre choix. La section « Forfaits » ou « Tarifs » cache presque toujours une page dédiée aux familles. Comparez le coût de 4 forfaits individuels avec celui du pack famille ; la différence est souvent surprenante. Cet argent économisé pourra être judicieusement réinvesti dans une tournée de chocolats chauds supplémentaire, une activité indispensable pour recharger les batteries comme nous l’avons vu !

Gilet de protection ou coque rigide : lequel se fait oublier sous la veste ?

Le casque est non négociable. Mais pour le dos, la question se pose souvent : faut-il investir dans une protection dorsale ? Et si oui, laquelle choisir pour qu’elle ne transforme pas votre enfant en « Robocop » rigide et mal à l’aise ? Entre le gilet souple intégrant une protection et la coque rigide à sangles, le choix n’est pas qu’une question de niveau de protection, mais aussi et surtout d’acceptation par l’enfant.

Une protection, aussi efficace soit-elle, ne sert à rien si elle reste dans le placard parce qu’elle est inconfortable ou compliquée à mettre. C’est là que l’expérience des professionnels de la montagne est précieuse. Leur retour du terrain est unanime et offre un éclairage différent sur le critère de choix principal.

Les moniteurs ESF confirment qu’une protection que l’enfant peut mettre et enlever seul sera plus facilement acceptée et ‘oubliée’. Le gilet souple zippé offre cette autonomie tout en garantissant une protection efficace, contrairement aux coques rigides qui nécessitent souvent l’aide d’un adulte.

– Moniteurs ESF, rapporté par Decathlon

La clé est donc l’autonomie. Un enfant qui peut gérer son propre équipement se sent plus grand, plus responsable et intègre plus facilement la protection à sa routine. Le gilet de protection souple, qui s’enfile comme une simple veste sans manche, est de loin le plus pratique. Les matériaux modernes (comme le D3O ou des mousses intelligentes) se durcissent à l’impact et offrent un excellent niveau de sécurité, tout en restant souples et légers pendant l’activité. Il se fait littéralement oublier sous la veste, ce qui est le but recherché. La coque rigide, bien que très protectrice, peut être perçue comme une contrainte et sera donc moins volontiers portée.

À retenir

  • La vitesse se gère toujours AVANT un module (virage, bosse), jamais pendant.
  • Vos jambes sont les meilleurs amortisseurs : fléchissez pour absorber les bosses et garder le contrôle.
  • En famille, la règle du « petit train » (ordre fixe, personne ne double) est plus sûre que la règle du skieur aval.

Comment slider votre premier rail sans faire une « zipette » douloureuse ?

Nous arrivons dans la partie la plus « freestyle » de la zone ludique : les rails et les box. Le simple mot « rail » évoque souvent l’image de la fameuse « zipette », cette glissade incontrôlée où le ski se met en travers et la chute est aussi rapide que douloureuse. Soyons clairs : pour une première approche en famille, le conseil le plus sûr est aussi le plus simple : ignorez les rails métalliques. Concentrez-vous exclusivement sur les « box », ces modules plats et larges, qui sont de parfaits outils d’initiation.

L’objectif n’est pas de faire une figure, mais de réussir une traversée en ligne droite, stable et sans peur. Pour cela, il faut dédramatiser. Présentez la box à votre enfant non pas comme un obstacle, mais comme un « pont magique au-dessus de la lave ». L’approche doit être lente, contrôlée et méthodique.

  • Conseil 1 : Visez uniquement les box les plus basses, les plus larges et les plus courtes.
  • Conseil 2 : Arrivez très lentement, à une vitesse équivalente à celle d’une marche rapide. Trop de vitesse est l’erreur numéro un.
  • Conseil 3 : Gardez les skis parfaitement à plat sur la box, et parallèles l’un à l’autre.
  • Conseil 4 : Le regard est la clé ! Fixez toujours la fin de la box, là où vous voulez aller, et jamais, au grand jamais, vos pieds.

Cette approche prudente est validée par les plus grands experts, qui conçoivent les parcs en pensant à cette progressivité. Comme le dit David Ny, shaper officiel des parks pour les Jeux Olympiques :

Pour les familles, nous recommandons d’éviter les rails et de se concentrer sur les modules plats et larges, bien plus adaptés et sécurisants pour une première approche.

– David Ny, Shaper officiel des JO de Vancouver

En suivant ces étapes, la première glisse sur une box se transformera en un immense sentiment de fierté, et non en un mauvais souvenir. C’est la porte d’entrée vers une pratique plus ludique du ski, en toute sécurité.

Maintenant que vous avez toutes les clés, la prochaine étape est simple : trouvez un petit boardercross vert ou bleu et lancez-vous pour votre première descente en « petit train ». Le plus important n’est pas la performance, mais les rires partagés à l’arrivée. Bonne glisse !

Rédigé par Julien Tessier, Coach Freestyle et ancien snowboardeur professionnel, juge régional sur les compétitions de slopestyle. Il décortique la culture ride, la sécurité en snowpark et la progression en snowboard.